Ancien champion de kickboxing, Jiro est aujourd'hui brocanteur (dans un lieu stupéfiant qui abrite aussi une galerie à la gloire de ses exploits sportifs), directeur d'une ONG dont le but est de retaper des bâtisses délabrées pour en faire des logements sociaux, toujours coach, heureux propriétaire d'une jeep ayant appartenu à l'armée japonaise, et, depuis peu, d'un pan de montagne. Il a alors appelé Hajime pour lui dire qu'il souhaitait que lui et ses amis y organisent quelque chose. Et c'est donc là, dans ce cirque bordé d'immenses parois de roche blanche, que sera organisé un festival de musique gratuit au mois d'août prochain. Le fait est suffisamment rarissime pour être souligné, et la majesté du lieu augure d'ores et déjà d'un événement mémorable. Cerise sur le gâteau, les fermiers du coin sont contents, convaincus que la musique fera fuir les animaux sauvages qui bouffent leurs récoltes.
samedi 11 juillet 2009
Koenji / Deli & Cafe Q / 17 juin 2009
1 – 2*
En direct du Melbourne Cricket Ground
Un patron sympa. Des affiches de Control et des films de Vincent Gallo sur les murs. Polysics, Motocompo et Shonen Knife à la sortie du iPod. Et un Japon – Australie qualificatif pour la Coupe du Monde 2010. Omoshiroi. Une équipe diminuée par l'absence de Nakasawa, son capitaine, blessé, et de sa star, Shunsuke Nakamura, que le Celtic Glasgow n'a pas libéré. Des supporters qui réclament le retour de Philippe Troussier – héros national ici – depuis la déconfiture du match aller (1-3). Et puis, surprise, Toorio, le plus brésilien de l'équipe, ouvre le score pour les Nippons. Subarashi. L'euphorie dure une demi-heure, mi-temps comprise. Le hold-up n'aura pas lieu. Les Aussies se reprennent et le Japon reste bon second. Maketa.
* message réservé à un public averti
Kawagushi / 16 juin 2009
Des bébés grenouilles de l'Apocalypse s'abattent sur Kawagushi! Après Ichikawa et avant Hiroshima - décidément -, voilà la ville de nos hôtes frappée à son tour par l'étrange phénomène. Deux explications sont avancées : des vents violents soulèveraient littéralement les bestioles pour les faire s'abattre en averses sur les grandes villes ou, moins probable, ces mêmes vents violents décrocheraient ces mêmes bestioles des becs des oiseaux les ayant gobées... Quoi qu'il en soit, le mystère demeure, et ces têtards n'ont pas fini de faire baver.
Yuuko Nakamura
Kunihiko Nakamura
Le Petit Chef
« Je suis l'un des meilleurs de ma spécialité. » Kunihiko Nakamura. Le père. 56 ans, dont 36 à travailler l'anguille (onagi). Sa spécialité? Le kabayaki*. Natif d'Aomori, dans le nord du Honshu, Kunihiko a participé au grand exode rural du début des années 70 et rejoint Tokyo, comme des milliers de Japonais qui ne trouvaient pas de travail dans les campagnes. D'abord commis de cuisine dans des Beer Garden autres fast-foods de Shizuoka et de la péninsule d'Izu, il s'est rapidement tourné vers des restaurants où il ne ferait pas que réchauffer des plats mais y apprendrait un vrai métier : cuisinier. C'est ainsi qu'il s'est retrouvé à Ginza. Premier choc, car le quartier était (est toujours) à la pointe de la technologie, et que pour un garçon qui n'avait encore jamais vu une télé de sa vie, ça fait tout drôle. Et puis il fut embauché au Setzugeka, le restaurant d'anguilles d'un théâtre de kabuki du quartier. Au cours de ses années d'apprentissage, il découvrira que la préparation des anguilles requiert expérience et abnégation : 3 ans pour embrocher correctement le poisson, 8 ans pour le bouillir à la perfection. Du travail, du métier, et un poste de chef-cuistot qu'il n'occupe plus aujourd'hui qu'à mi-temps tant le boulot est éreintant.
Après le tremblement de terre
« Le sol de Tokyo est trop fragile. » Ginza est le quartier le plus huppé de Tokyo. C'est aussi un quartier bien fragile selon Kunihiko. A ses yeux, Tokyo est un gruyère. Criblée de tubes, de tunnels et autres tuyaux, la ville vit en sursis, sous la perpétuelle menace des séismes. La destruction de cette ville est sa hantise, lui qui tout jeune a vécu un sévère tremblement de terre, dans l'Hokkaïdo, et qui garde en mémoire des souvenirs très vifs des scènes auxquelles il a assisté alors...
* Le kabayaki est un plat typique japonais. Ce sont des anguilles mises en brochette et grillées au feu de bois et arrosées d'une sauce composée de bouillon d'anguille, de saké et de sauce soja.
Miki Katou
Miki a 25 ans. Elle s'est mariée voilà 5 ans avec un homme rencontré sur internet. Elle ne travaille pas, n'a pas d'enfant, et rêve de Toshigi, un plateau montagneux quelque part entre Tokyo et Nagano. Là-bas, elle peut admirer des autruches, et en manger aussi. Miki aime dessiner. Son maître en la matière est Mucha, un chantre de l'Art Nouveau dont elle apprécie les Vénus. Miki aime aussi les dauphins d'un certain Christian Larssen, et les B'Z, un groupe de J-Pop qui rencontre autant de succès que Mariah Carey chez les disquaires locaux.
Kaori Morita & Isshin Nakamura
La chatte à deux têtes
Isshin travaille dans un cinéma, le Movix, où il se passe des choses étranges* : des couples s'y réfugient souvent pour y tromper leur ennui en fricotant. C'est ainsi qu'une fois, avec ses collègues, alors qu'ils nettoyaient une salle après une projection, ils ont découvert un couple nu, endormi, au premier rang. Une fois le ménage fait, le couple ne quittant toujours pas la salle, ils ont décidé d'éteindre la lumière. Ils ont alors entendu le couple se rhabiller, puis s'en aller à petits pas.
Happy Together
Isshin, 20 ans, et Kaori, 23 ans se sont rencontrés tout à fait par hasard il y a de ça 3 ans. C'est sa pause, et Isshin a envie d'un coca. Comme ils n'en vendent pas au cinéma, un de ses collègues lui conseille une crêperie, pas loin, où il trouvera des grands cocas à pas cher. La fille qui le sert, c'est Kaori. Isshin devient vite un fidèle client de la crêperie. Ça dure un an et demi comme ça, et il n'a pas la moindre idée du nombre de grands cocas qu'il a bien pu y acheter. Quand Kaori a dû changer de crêperie, ils se sont filés leurs contacts et ont commencé à communiquer par email avant de se revoir. Quelques mois ont encore passé avant qu'Isshin n'ose lui dire « Je t'aime » sur le pont de l'Harakawa River, à Akabane. Ça fait maintenant 9 mois qu'ils sortent ensemble.
* les Japonais sont pudiques de réputation et, comme son nom ne l'indique pas, le Movix ressemble plus à un Gaumont qu'à un cinéma porno
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